Le bonbon piment cache bien son jeu. Sous l’apparence inoffensive du beignet, l’amuse-bouche réunionnais cache des épices susceptibles de remettre les idées en place. Chez Bonbon Vodou, c’est pareil. Alors que les influences du duo chaloupent entre océan Indien et mer Méditerranée, le piquant perce sous la tendresse des chansons graciles souvent bercées au rythme du maloya. Ce contraste forme l’épaisseur de son troisième album, Épopée métèque, qui nous conduit sur les routes de l’exil, qu’elles soient terrestres ou maritimes. Oriane Lacaille est la fille de l’accordéoniste René Lacaille, artisan du renouveau de la musique réunionnaise dans les années 1970, installé en métropole depuis cinq décennies ; tandis que le père de JereM Boucris, de famille juive tunisienne, avait 14 ans quand il a rallié la France à la fin du protectorat. Leurs vies sont tissées de ces exils paternels, dont ils ne cessent de démêler les imbrications intimes, et des autres exils, universels ceux-là, des migrant.e.s fuyant la misère, les persécutions et les guerres.
Au duo s’adjoint aujourd’hui un trio relevé, les Piment Piment (Juliette Minvielle, Roland Seilhes, Yann-Lou Bertrand) complétant une orchestration foisonnante avec guitares, flûtes, cuivres, roulèr, kayamb, guimbarde… Le tout sur des textes en français, créole et gascon, dans les voix de moult invités dont Mouss et Hakim, Rosemary Standley et Bernard Lavilliers. Un album espiègle où il est question de vie et de mort, lumineux mais conscient, semblant paraphraser Camus : « Il n’y a pas de soleil sans ombre, et il faut connaitre la nuit. »
Troisième album célébrant les 10 ans de Bonbon Vodou (Oriane Lacaille et JereM Boucris), Épopée métèque emprunte la route des exils, avec une orchestration foisonnante sur des textes en français, créole et gascon.